Le chat sauvage à la reconquête des Alpes



Le félin avait déserté nos massifs depuis plus d’un siècle. Aujourd’hui, il est de retour en Savoie, au cœur des Bauges. Dans notre course contre la montre face à l’érosion du vivant, cette victoire pour la biodiversité mérite qu’on la savoure. Entre 1970 et 2016, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages a décliné de 68%. C’est un véritable cataclysme, même s'il demeure imperceptible, la plupart du temps. Tout près de nous, des milliers d’espèces s’éteignent, dans le plus grand des silences. La déforestation et la surexploitation des terres, l’utilisation non durable des ressources naturelles, l’introduction d’espèces invasives, le braconnage et le commerce illégal des espèces sauvages ainsi que les changements climatiques et la pollution exercent une pression sans précédent sur la nature. Le constat est sans appel : plus de la moitié des espèces mondiales a déjà disparu.

Selon l’Indice Planète Vivante, entre 1970 et 2016, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages a décliné de 68%. En moins d’un demi-siècle, les effectifs de plus de 20 000 populations de mammifères, d’oiseaux, d’amphibiens, de reptiles et de poissons ont chuté des deux tiers ! Il est grand temps de faire du bruit afin d’alerter sur ce déclin muet. Tous les deux ans, le WWF publie son Rapport Planète Vivante qui dresse un bilan de l’état de la planète ainsi que des pressions humaines qui pèsent sur la biosphère afin d’alerter sur la nécessité de sauvegarder les espèces.


L’objectif n’est pas de démoraliser l’opinion mais de la faire réagir en rappelant qu’il est encore possible d’inverser ces tendances dramatiques

Restaurer la nature

La conservation des espèces passe avant tout par la protection des habitats qui les abritent, la restauration et l’amélioration de leur connectivité.

Depuis 1961, le WWF mène donc des actions concrètes pour sauvegarder les milieux naturels, protégeant leur biodiversité et favorisant même parfois le retour spontané d’espèces qui les avaient désertés.

Le massif alpin figure parmi les zones de biodiversité les plus riches en Europe, il concentre de nombreuses espèces floristiques et faunistiques endémiques. Aux niveaux global et local, le WWF agit pour sauvegarder ce joyau de biodiversité et assurer le maintien d’un réseau écologique intact.


Quatre organisations alpines issues des bureaux nationaux du WWF (Autriche, France, Italie et Suisse) travaillent de concert sous l'égide du Programme Alpin (EALP) pour mettre en place une stratégie de protection complète et transfrontalière des Alpes.

A ce jour, dans les hautes prairies alpines, on peut dénombrer jusqu'à 80 espèces différentes sur une surface de 100 m².

Chat sauvage adulte (Felis silvestris)


De retour dans nos montagnes On le surnomme le petit tigre des bois à cause de sa robe rayée, mais n’ayez crainte, si vous le croisez, il ne vous fera aucun mal et risque plutôt de détaler en vous apercevant. Les mulots, en revanche, ont plus de souci à se faire car ils constituent sa proie de prédilection. Chassé pour sa fourrure et victime de la destruction de son habitat, le chat sauvage avait disparu des radars il y a plus d’un siècle dans cette partie de la France.

Aujourd’hui, il est de retour en Savoie, repéré le mois dernier par les gardes du parc naturel régional des Bauges (Savoie). Le félin s’est, en effet, fait tirer le portrait à plus de 1500 mètres d’altitude par les pièges photographiques initialement installés pour le suivi du loup et du lynx. Une présence qui réjouit le monde de la conservation car elle atteste de la bonne santé du milieu.


Si l’animal a décidé de revenir dans la zone, c’est précisément parce que l’écosystème lui offre des conditions de vie propices à son développement, à savoir, un habitat de qualité, riche en nourriture et adapté à ses besoins.

La population est même en expansion puisqu'elle recolonise la forêt alpine, sûrement depuis l’Ain où on l’observait déjà. Pour l’instant, sept communes des Bauges, massif situé entre Chambéry et Albertville, abritent des chats sauvages. Aujourd’hui, l’espèce bénéficie de mesures de protection au niveau européen.


Felis silvestris est également inscrit sur l’annexe II de la convention de Berne qui interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que d’altérer ou de dégrader son milieu. En France, l’arrêté du 23 avril 2007, fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection, vient compléter le dispositif.

Toutefois, la coexistence de son cousin domestique constitue une menace à sa préservation. Très proches, les deux espèces peuvent en effet s’hybrider. Sans compter que le chat sauvage est aussi victime de la chasse, des pièges et du trafic routier.


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